CHAUD DEVANT
ROBIN DÉBOÎTE ~ Après l’affaire Palmade, elle aurait pu disparaître des radars. On aime tant rendre les femmes comptables des erreurs de leurs proches masculins... Mais Muriel Robin n’est pas du genre à se faire toute petite, qu’elle s’engage sur le sujet de la précarité ou qu’elle lutte contre les violences faites aux femmes. Nouvel exemple samedi 16 septembre, quand elle a réglé ses comptes avec l’homophobie du cinéma français sur le plateau de Quelle époque !, face à une Léa Salamé toujours enchantée d’entendre parler d’une oppression pour la première fois de sa vie.
Avec le franc-parler qui la caractérise, Muriel (on l’a croisée récemment boulevard Barbès ((#TrueStory)), alors permettez qu’on l’appelle Muriel) est revenue sur l’absence quasi-totale d’acteurices célèbres à avoir fait leur coming out, en France et aux États-Unis.
Depuis la diffusion de la séquence, les commentateurs zélés du web se creusent les méninges pour trouver des célébrités gays qui invalideraient la démonstration de Muriel Robin. Mais en ne parvenant à citer qu’une poignée de comédien.nes out, ses détracteurs prouvent ce qu’elle avance – sans compter que le très petit nombre de films dans lequel elle a tourné en trente ans de succès est une démonstration en soi.
On passera sur la fin de la séquence et le point “J’étais grosse, donc on avait raison de ne pas me caster” (même si on peut y voir une évocation maladroite de la grossophobie du milieu), pour retenir une phrase de Muriel Robin : dans le septième art, “on parle des hommes qui pénètrent les femmes. Si on n’est pas pénétrables, on ne vaut rien”.
A contrario, les grands pénétreurs, ceux qui revendiquent le cinéma sans limite, pas même le consentement, n’ont aucun problème à faire carrière, comme acteurs mais aussi, comme réalisateurs, un poste où leur désir est maître sur le plateau. On pense bien sûr à Luc Besson, Roman Polanski et Woody Allen, que la Mostra de Venise et le festival de Deauville ont accueillis à bras ouverts au début du mois. Tapis rouge, colère noire, et quelques courageuses pour raconter les oppressions qui ont marqué leur histoire.
TAPAS DU JOUR
Après plusieurs reports, c’est aujourd’hui que le gouvernement présentera son plan dédié à la pauvreté, baptisé "pacte des solidarités". “Qu’ils mangent de la brioche”, c’est le point numéro combien ?
“Kim & Vlad”, votre histoire d’amitié entre dictateurs préférée, s’achève. Le leader nord-coréen a souhaité "prospérité" et "bien-être" à la Russie en quittant le pays. Six jours, c’était vraiment trop court…
Ce lundi s’ouvre le 3e procès Wildenstein, célèbre famille de marchands d'art. Ses héritiers sont soupçonnés d’une fraude fiscale de plusieurs centaines de millions d'euros. À force de jouer sur tous les tableaux…
HOT & POP
RECYCLE INFERNAL ~ Si vous êtes éco-anxieux.se et fan de mode (perso, on n’est plus à une contradiction près), vous suivez probablement des comptes Instagram et TikTok dédiés à l’upcycling. Peut-être même que votre panier Etsy est plein de petites créations confectionnées avec de vieux tissus revalorisés, car quel dressing est complet sans un tanga en napperon vintage ?
Sur le papier, l’upcycling a tout pour nous séduire : des pièces cool, une démarche vertueuse... Mais une tendance à l’intérieur de la tendance nous gêne aux entournures : quand l’upcycling est plus porté sur les logos que sur la qualité du tissu ou son empreinte carbone (tkt le polyester, on parle pas de toi). Exemples : cette banane brandée Levi’s, ce chouchou réalisé à partir d’un vêtement Dior, ce collier confectionné avec un vieux bouton Chanel et vendu 200€ (JAFAR, J’PEUX PLUS RESPIRER !) et cette robe-polo affichant fièrement son croco Lacoste. Mais pourquoi découdre et réintégrer le sigle d'une pièce qu’on a par ailleurs intégralement transformée ?
Quand l'étiquette nous gratte (captures d'écran Instagram et sites de marques d'upcycling).
Dan Hastings, prévisionniste de tendances pour l'agence de conseil The Future Laboratory, rappelle que ces projets ne sont pas des ONG environnementales, malgré leur utilisation forcenée de l’emoji ♻️ et leurs vidéos dénonçant l’impact de la fast fashion. “Les marques d’upcycling restent des entreprises qui recherchent le profit, insiste l'expert, et elles ne sont pas immunisées contre notre obsession pour la surconsommation.” Ni contre notre amour des logos, même si la clientèle de l’upcycling siglé a un rapport bien particulier aux marques “Nous sommes dans une nouvelle étape de la logo-mania, analyse Dan Hastings. Dans les années 2010, les millennials tenaient à accéder à un certain statut en portant du Dolce & Gabbana, du Louis Vuitton, du Burberry ou du Gucci, avec des logos très visibles en all-over. Désormais, le public des pièces upcyclées, à savoir la Gen Z, est composé de jeunes qui sont de véritables connaisseur.ses et des archivistes passionné.es. Iels ont une vision et une culture du luxe qui leur est propre : iels vont savoir quel sac de chez Loewe, quelle pièce vintage de Mugler ou quelle jupe de chez Miu Miu il faut absolument avoir. Par ailleurs, iels sont très ambivalent.es, parce qu'iels achètent aussi bien de la seconde main sur Vinted et de l'upcycling chez des marques responsables, que de la fast fashion et des dupes de luxe chez Shein et Pretty Little Things”.
Capture d'écran d'un compte Instagram listant des dupes (imitations) d'articles de luxe.
Alors, faut-il mettre l’upcycling logoté dans le même panier à linge sale que l’ultra-fast fashion, capable de faire acheter dix t-shirts par mois à un.e étudiant.e fauché.e ? Dan Hastings nuance : “J’ai récemment interviewé le docteur Daniel Benkendorf, professeur au Fashion Institute of Technology (FIT) de New York, qui travaille sur l'éco-anxiété et la surconsommation. Il explique que pour la planète, il vaut mieux surconsommer de la seconde main ou de la mode durable que d'acheter en masse chez Asos. Mais cela reste de la surconsommation”.
Gare donc à l’accumulation, mais aussi à la récupération de l'upcycling par des marques franchement cracra, qui n’hésitent pas à capitaliser sur la tendance. Lacoste, épinglé en 2021 pour son utilisation de coton ramassé par des travailleur.ses forcé.es Ouïghours, et Google (par où commencer ?), se sont ainsi récemment associés à Resap Paris, “Maison d’upcycling” suivi par 56 700 personnes sur Insta, dans le cadre d’ateliers de couture. Ou l’art d’upcycler même le greewashing.
Captures d'écran Insta et LinkedIn
Jalapeñews est une newsletter de Coline Clavaud-Mégevand. DA Chiara Vecchiarelli.
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