CHAUD DEVANT
MAUVAISE TAMBOUILLE ~ Le lundi, câest ravioli. Pour vous et moi, car d'autres se tapent autrement la cloche. Hier soir, au trĂšs chic Pavillon dâArmenonville dans le trĂšs chiant XVIe arrondissement de Paris, se tenait le gala annuel du guide culinaire Gault et Millau. Si on nâa pas goĂ»tĂ© le contenu des assiettes, probablement dĂ©licieux, ce dĂźner nous laisse un goĂ»t amer dans la bouche. Car comme lâa relevĂ© la journaliste et autrice Nora Bouazzouni sur son compte Twitter / X, le thĂšme Ă©tait plus "autour de la saucisse" que "hachis paritĂ©".
LibĂ©ration note un petit effort tout de mĂȘme : parmi les chef.fes aux manettes de la soirĂ©e, on comptait deux femmes contre zĂ©ro lâan passĂ© â le plat de viande ainsi que le dessert Ă©taient respectivement signĂ©s Alessandra Montagne (Nosso) et NaraĂ© Kim (Purâ, du Park Hyatt VendĂŽme). Mais ce saupoudrage ne saurait masquer la rĂ©alitĂ© : pour la Ă©niĂšme fois, le prix du Cuisinier 2024 a Ă©tĂ© remis Ă un homme (Yoann Conte, Maison bleue), le Directeurs de salle de lâannĂ©e 2024 sâappelle Thierry Pruvot (le PrĂ© Catelan) et le Sommelier de lâannĂ©e 2024, Jean-Baptiste Klein (la Table dâOlivier Nasti). Quant au futur de la food, il sâĂ©crit principalement au masculin, selon Gault et Millau : seulement deux Grandes de demain primĂ©es (le duo Clio Modaffari et Anne Legrand) contre cinq Grands. Certes, NaraĂ© Kim a Ă©tĂ© nommĂ©e PĂątissiĂšre de lâannĂ©e, mais cette note sucrĂ©e ne contrebalance pas notre amertume.
On nous rĂ©pondra que les femmes sont sous-reprĂ©sentĂ©es dans le secteur. Certes, et on ne peut pas les inventer pour leur donner des rĂ©compenses. Mais le petit monde de la grande cuisine est si clairement misogyne que chaque poste doit sâactiver pour contrebalancer lâĂ©norme dĂ©sĂ©quilibre actuel, en dĂ©nonçant les violences sexistes et sexuelles dans les restos, en mettant en avant les cheffes autrement quâen tant que caution diversitĂ© et en bannissant les discours problĂ©matiques (LibĂ© relĂšve quâhier, un des gagnant a saluĂ© son Ă©pouse âpas lĂ car elle gardait les enfantsâ). Allez les gars, dâici lâan prochain, on se remonte les manches, histoire de ne pas finir dans le Gault et Miso.
TAPAS DU JOUR
~ NĂ©tanyahou refuse un cessez-le-feu et revendique le contrĂŽle de Gaza aprĂšs la guerre. Sur place, combats et bombardements se poursuivent, et lâONU dĂ©crit la zone comme âun cimetiĂšre pour les enfantsâ.
~ Olivier Faure a envoyĂ© un courrier Ă toutes les formations politiques hors RN pour sa marche contre lâantisĂ©mitisme, aprĂšs avoir jugĂ© que peut-ĂȘtre, on aurait pu dĂ©filer avec un parti créé par dâanciens collabos.
~ Le prix Goncourt vient dâĂȘtre remis Ă Jean-Baptiste Andrea pour Veiller sur elle (L'Iconoclaste), le prix Renaudot, Ă Ann Scott pour Les Insolents (Calmann-LĂ©vy).
HOT & POP
IA UN PROBLĂME ~ Si le monde merveilleux de la pub nous colle rarement des paillettes dans les yeux (mais plutĂŽt des envies de cogner des gens avec le Codes du travail), on doit reconnaĂźtre que la derniĂšre campagne BETC pour Heetch, application française de VTC qui dessert particuliĂšrement les quartiers populaires, est une rĂ©ussite. Le pitch : quand on ajoute le terme "banlieue" Ă une requĂȘte Midjourney, le cĂ©lĂšbre gĂ©nĂ©rateur d'images par intelligence artificielle se met Ă crĂ©er des visuels aux allures cauchemardesques : dĂ©labrement, saletĂ©, violence...
Dans une vidĂ©o partagĂ©e hier sur les rĂ©seaux sociaux, BETC et Heetch montrent les rĂ©actions choquĂ©es de personnes quâon image issues de la banlieue. La campagne propose ensuite au public dâagir, lâidĂ©e Ă©tant de fournir "aux employĂ©s de Midjourney une base de donnĂ©es corrective de milliers de photos de la banlieue, la vraie, capable de nuancer un peu sa reprĂ©sentation par lâIA", explique Renaud Berthe, patron du marketing de Heetch.
Depuis le 6 novembre, lâentreprise distribue une cinquantaine de carte postales diffĂ©rentes, loin des clichĂ©s nĂ©gatifs sur les quartiers. Au dos, on trouve une adresse prĂ©-remplie pour les envoyer aux onze employĂ©.es de Midjourney, Ă San Francisco, ainsi quâun QR code Ă flasher pour qu'iels puissent accĂ©der Ă une base de donnĂ©es comprenant des milliers dâimages de la banlieue. Ces cartes sont dispos dans des bars, des boulangeries, des kebabs, chez le coiffeur, dans des laveries et bien sĂ»r, dans des vĂ©hicules Heetch.
Au-delĂ du coup de com trĂšs malin, cette campagne met en lumiĂšre une rĂ©alitĂ© : lâIA, comme toute nouvelle techno, est farcie de biais racistes, classistes, sexistes⊠... Dans un article trĂšs complet du site Le monde informatique consacrĂ© Ă lâintelligence artificielle, le spĂ©cialiste Olivier Penelle alerte sur ses biais historiques (elle reproduit les inĂ©galitĂ©s du monde rĂ©el) ou encore, ses biais algorithmiques, qui reflĂštent ceux des personnes qui la dĂ©veloppe. Le rĂ©sultat Ă©tant que l'IA risque d'âamplifier les discriminations sociales et Ă©conomiques inhĂ©rentes Ă nos sociĂ©tĂ©sâ.
Comment y remédier ? Les cartes postales ne suffiront pas : c'est aux entreprises comme MidJourney, ChatGPT, Google Bard de mettre la main au porte-monnaie et d'investir massivement dans la lutte contre les orientations problématiques de leurs outils. On vous enverrait bien un bon baiser du futur, mais il nous fait flipper.
Jalapeñews est une newsletter de Coline Clavaud-Mégevand. DA Chiara Vecchiarelli.
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