Kessel

Allez hop, ça dégage ! 💨💨💨

Exit Luis Rubiales + un tableau bien mystérieux

JALAPEÑEWS
3 min ⋅ 11/09/2023

CHAUD DEVANT

ÉCHEC ET MATCH ~ Il était sur la touche, voilà enfin qu’il s’incline. Luis Rubiales, président de la Fédération espagnole de football, qui a embrassé de force la joueuse internationale Jennifer Hermoso après la victoire de la “Roja” au Mondial féminin, a annoncé sa démission dimanche 10 septembre 2023 lors d’une interview vidéo. Son interlocuteur : le journaliste britannique Piers Morgan, lui-même contraint à la démission en 2021 en raison de son acharnement racisto-mysogine contre Meghan Markle. Que retenir de cet entretien ? Que Luis est un homme blessé, à qui les proches ont demandé : “‘Luis, tu dois te soucier de ta dignité et poursuivre ta vie. Sinon, tu vas faire du mal aux gens que tu aimes et au sport que tu aimes’”.

Suspendu par la FIFA depuis le 26 août dernier, au centre d’un scandale d’État qualifié de #metoo du football espagnol, sous pression du monde entier, on aurait pu penser que Luis Rubiales avait effectué un petit examen de conscience. Mais non : dans sa lettre de démission, envoyée hier soir à 21h30 au président par interim de la fédération, il réfute une nouvelle fois l’agression sexuelle. “Je ne veux pas que le football espagnol puisse subir les préjudices de cette campagne disproportionnée, a-t-il expliqué à Piers Morgan. J’ai confiance dans la vérité et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elle prévale.” Sur Twitter / X, la ministre chargée de l’Egalité, Irene Montero, s’est contenté d’un simple “Se Acabó” (“C’est terminé”), le slogan utilisé par les joueuses espagnoles. Les oui-ouin des oppresseurs ? Plus rien à foot !

TAPAS DU JOUR

L’autre 11 septembre : aujourd’hui marque les 50 ans du coup d’État au Chili et le début de la dictature sanglante de Pinochet. // Le séisme au Maroc a fait 2 122 morts et 2 421 blessés, selon un nouveau bilan du ministère de l’Intérieur marocain. // Michèle, rend l’argent ! Michèle Alliot-Marie est soupçonnée d’emploi fictif : selon Libé, le Parlement européen lui réclame 600 000 euros, soit le salaire versé entre 2014 et 2019 à son neveu. // Moscou a organisé ce week-end des élections dans les territoires annexés d’Ukraine. Surprise (non) : le parti de Vladimir Poutine remporte 70% des suffrages.

HOT & POP

ON EST VERNI ~ Si vous êtes féru.e d’art, vous connaissez peut-être le concept de repentir, quand un peintre corrige un élément de son tableau dont il n’est pas satisfait. Ou encore la pratique du repeint, quand un autre artiste retire ou ajoute un objet d’un tableau, par exemple un décolleté jugé impudique qui se retrouve soudain couvert d’un morceau d'étoffe. Le Metropolitan Museum of Art (Met) de New York va exposer ce mois-ci un autre genre de modification : une toile dont un personnage tout entier à disparu, sans doute en raison du racisme et de la ségrégation.

Intitulé "Bélizaire et les enfants Frey", ce tableau date de 1837 et a été réalisé par Jacques Amans, portraitiste des élites de la Nouvelle-Orléans. Il lui a été commandé par le banquier et marchand Frederick Frey, qui veut un portrait de ses trois enfants : Elizabeth, Léontine et Frederick Frey Jr. On les voit roses et frais sur fond de paysage, dans une composition on ne peut plus classique. Ce qui ne l’est pas, c’est la présence d’un jeune esclave et son traitement pictural, rarissimes à l'époque : il figure en haut de la composition, rêveur et soigné. Cet enfant, malgré son statut et sa couleur de peau, est ici sujet. Mais plus pour longtemps.

Le garçon oublié
Les décennies passent, les héritiers des Frey rangent la toile dans un garage puis la trimballe sur le toit de leur voiture d’une maison à une autre. Elle les encombre et ne correspond pas à l’intérieur moderne de son dernier propriétaire. Alors il la donne en 1973 au New Orleans Museum of Art (NOMA). En regardant la toile de près ou en lisant la lettre coincée derrière le cadre du tableau, l’institution aurait pu repérer une silhouette fantomatique sous les arbres : le jeune esclave, recouvert de peinture et fondu dans le décor. Mais le NOMA, en raison d’un manque de moyens, selon sa direction, se contente de mettre le tableau en réserve jusqu’en 2005, année où il est revendu par Christie’s à un antiquaire de Virginie. Une lourde restauration plus tard, le garçon noir réapparaît, mais on ne sait toujours pas qui il est.

C’est 2013 et au hasard de recherches en ligne, que le collectionneur afro-américain Jeremy K. Simien tombe sur des photos avant-après de la toile. Il devient "hanté", raconte-t-il au New York Times, par "ce fils de Louisiane digne qu’on se souvienne de lui". En 2021, il localise le tableau, l’achète à un collectionneur de Washington qui le possède désormais, puis embauche l’historienne Katy Morlas Shannon, spécialiste de la peinture louisianaise. Elle remonte jusqu’à un bébé né en 1822 de père inconnu et d’une mère esclave, achetée par les Frey comme cuisinière. C’est cette position qui permet à la mère et à l’enfant de vivre près des maîtres, quand les autres esclaves sont relégués dans des baraques près des plantations. Le garçon devient finalement gardien des enfants. Mais vingt ans plus tard, c’est l’arrachement : le patriarche Frey meurt, sa veuve revend l'esclave et sa trace s’évanouit. Reste un prénom, découvert sur les registres de l’époque par Katy Morlas Shannon : Bélizaire.

Si le Met a acquis la toile au printemps dernier, c’est pour rompre avec "l’histoire de l’art américaine romantisée", explique une conservatrice du musée. Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, les activistes ont exigé des musées ce travail de représentation et de mémoire. Sur les réseaux, les critiques contre le MOMA et les hypothèses fleurissent : et si Bélizaire était le fils illégitime du père Frey, un cas fréquent dans les familles esclavagistes ? A-t-il survécu à la guerre de Sécession et connu le statut d’homme libre ? Le tableau gardera sans doute toujours une part de mystère. Et il reste doublement émouvant : l’année où il est peint, les deux fillettes gardées par Bélizaire, Elizabeth et Léontine, meurent de la fièvre jaune, et le petit Frederick disparaît quelques années après. Leur souvenir ne sera pas oublié.

...

JALAPEÑEWS

Par Coline Clavaud-Mégevand

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